Apprentissages

Apprendre l’arabe autrement !

Au départ quand on s’est lancé dans l’apprentissage de la langue arabe, on faisait cela en dilettante, sans vraiment d’objectif ni savoir quelle en serait l’utilité plus tard. Comme beaucoup, j’avais mis mes enfants à l’école arabe parce que moi aussi mes parents l’avaient fait, mes grands-parents l’avaient fait également et ainsi le cercle pouvait continuer ad vitam aeternam.

Se fixer un objectif !

Puis au fur et à mesure de nos voyages, on a quand même vu que cette langue était indispensable outre l’aspect religieux, nous étions très heureux de parler en arabe et de nous faire des amis dans les 4 coins du monde grâce aux quelques conversations bancales que nous avions eues uniquement dans cette langue (et beaucoup en langage des signes j’avoue !) Ces raisons sont quelques pistes de motivations mais chacun à la sienne car pourquoi apprendre une langue et péniblement en plus, si on n’en a pas d’utilité immédiate et visible ?

Surtout si à la maison on n’est pas bilingue, si on ne vit pas dans un pays pratiquant cette langue à quoi bon ?

En effet, dire à un enfant, « t’inquiète pas mon loulou, aujourd’hui tu galères, tu ne comprends absolument rien de ce que je te dis, tu n’en vois pas l’utilité maintenant mais dans 15 ans tu verras, ça t’ouvrira plein de portes« , n’a aucun sens. Qui n’a jamais entendu dire la géométrie, la svt, la technologie … ça sert à rien dans MA vie (on l’a nous même dit éant + jeune), on ne mettait pas de sens dans ce qu’on faisait, bourrage de crâne pénible en plus (il manquerait plus que ça soit agréable, ludique et amusant).

Avec la pratique et le temps, nous savons que notre objectif est de pratiquer plus d’arabe à la maison mais ça reste aujourd’hui moins formel que ça l’a été au début, c’est plus amusant et on joue pas mal. Au début, j’ai commencé à imprimer beaucoup de supports, de méthodes, de lectures didactiques, de fichiers à s’en perdre et la lourdeur organisationnelle m’a fait me rendre compte que je ne voulais pas reproduire une mini école de langue à la maison ni de faire de mes enfants des professeurs de langue arabe ou des érudits mais faire de cela quelque chose de naturel, amusant et ludique.

Le minimalisme dans l’apprentissage !

Plus on a de matériel et moins on a envie de se lancer, on ne sait pas par quoi commencer, ni comment commencer ? On recherche un peu partout sans savoir ce que l’on recherche, on veut apprendre une langue mais on ne sait pas comment apprendre, on a oublié ou on n’a jamais su car l’école fournissait tout clé en main sans que cela nous serve vraiment.

Donc au début on est au taquet, motivé, on veut pour nos enfant ce qu’on ne s’est même pas donné la peine de faire pour nous-même : apprendre l’arabe  pour la transmettre !

Rapidement, on se rend compte qu’on est limité dans nos connaissances et on tente de combler cela par le matériel, les supports, les fiches, puis on vise bas et on se dit bon s’il arrive déjà à reconnaitre les lettres, à lire et à comprendre quelques mots c’est plus que ce que je n’aurais espéré (même si secrètement on aspire à un docteur ès …)

Je dirais que si vous avez un minimum de base en arabe (vous connaissez les lettres, les nombres et un peu de vocabulaire et savez tourné quelques phrases avec un bel accent pas trop frenchy), vous avez un peu d’avance sur vos enfants et pourrez de votre côté investir sur vous et votre apprentissage de cette magnifique langue aux 1001 règles lol.

Pour notre part, nous avons pratiqué le minimalisme dans l’apprentissage c’est-à-dire que j’utilise le minimum de choses, de méthode d’apprentissage, de livres, audiobook, etc… Je me suis débrouillée avec les moyens du bord et un plan solide dans ma tête  et on a décidé de beaucoup pratiquer, parler et même si c’est bancal on parle, parle et  parle.

J’ai créé les documents au fur et à mesure des besoins de mes enfants, de leurs lacunes et de leurs intérêts du moment. On les utilise quotidiennement comme à l’école (la date, le temps qu’il fait, rituels…)

Donc chez nous, tout est propice aux apprentissages (mine de rien). Par exmple, certains aux toilettes lisent des livres ou emportent leur téléphone pour surfer et bien nous, on apprend l’arabe. Je mets souvent de grandes affiches que je renouvelle souvent. Au tout début j’avais mis les lettres de l’alphabet en permanence puis une fois totalement acquis, je les ai remplacé par l’alphabet complet avec les lettres initiales, médianes, finales , puis des affiches de vocabulaires thématiques, etc… Il n’y a aucun affichage ni tabeau chez nous qu’à cet endroit.

Sur les objets (pas tous quand même) j’écris au feutre indélébile le nom de l’objet (ciseaux, gomme, couteau …) sinon je mets des petites cartes panneau (toilettes, cuisine, chambre, garage, …) toujours dans un soucis de vocabulaire et de répétition.

Maintenant que les enfants sont lecteurs, je mets à disposition aux toilettes (espace de vie par excellence, souvent négligé et ignoré lol !!!) des flash cards que je crée, sur des thèmes divers histoire de travailler la répétition espacée insidieusement. Elles sont disponibles dans une jolie boîte et sur du joli papier histoire de donner envie. Tout fonctionne par suggestion et par petites touches, je n’impose rien.

Le self talking ! (se parler à soi-même)

Autre point que nous pratiquons c’est le self talking (ou l’art de se parler à soi-même).

Cela peut paraître bizarre de se parler mais le grand intérêt du self talking est de mettre en pratique ce que l’on apprend au fur et à mesure, d’essayer de construire des phrases à peu près compréhensibles, même si le vocabulaire n’est pas très riche. Il m’arrive souvent de commenter ce que je suis en train de faire. Le ménage, conduire, faire les courses (prenez une oreillette avec vous histoire de ne pas passer pour une folle). Ça me permet de voir si je progresse, si c’est plus fluide, où sont mes difficultés… quand je n’arrive pas à trouver mes mots, je fais parfois appel à Siri « comment dit on en arabe : je ne trouve pas mes mots».

Pour nous les parents qui ne sommes pas forcément bilingues ou fluent et qui devons progresser plus vite que nos enfants pour pouvoir avoir des conversations ou même des bribes de phrases construites correctement, cette étape est très importante car elle nous confronte à la langue quotidiennement et ce, plusieurs fois par jour.

Je pratique cette technique plusieurs fois par jour, au début je mettais une alerte sur mon téléphone toutes les 2 heures pendant 5 minutes mais maintenant je ne mets les alertes que quand je suis en déplacement car j’ai tendance à vite me faire avaler par le temps et ne pas sortir ma tête du guidon.

Netflix c’est la vie !

Je ne fais pas de pubs pour eux et je ne touche aucune com (que ça soit clair lol), je ne suis pas télévision ou cinéma du tout mais je dois avouer que niveau progression regarder des contenus en arabe sous-titré en français, même des films ou documentaires américains, espagnols, portugais ou turcs, on change la langue en arabe avec les sous titre en français c’est une aide considérable. C’est mieux traduit que certaines videos youtube qui sont plus qu’approximatives et c’est un gain de temps à ne pas négliger.

(D’ailleurs si vous avez des films, séries, documentaires à proposer en arabe et bien sous-titrés en français je suis preneuse).

L’avantage de ces contenus sur Netflix c’est  que d’une part je trouve la traduction super, la prononciation pour la majorité est très abordable pour des novices (les traducteurs ne mâchent pas leur mots ou n’aspirent pas les lettres, ils ne parlent pas exagérément vite), il y en a de tous les pays et la compréhension est bien mise à l’épreuve car avoir du vocabulaire c’est bien mais quand on te parle l’arabe avec un accent libanais, syrien, indien ou égyptien et que tu ne comprends pas ce qu’on te dit alors que tu as un certain  bagage, ça corse un peu l’apprentissage. Cela permet d’aiguiser son oreille aux accents et d’avoir une compréhension plus large et d’affûter son écoute.

C’est pour cela que les films et dessins animés sont importants dans la compréhension d’une langue. Pour la petite anecdote, nous avons rencontré au jardin de Beauséjour (à Casablanca) une petite fille de 4/5 ans qui ne parlait que l’arabe classique, interloquée, une dame interrogea sa maman sur leurs origines et quelle ne  fut pas sa surprise quand elle lui répondait du Maroc. Curieuse alors, elle lui demanda comment cela se faisait il que sa fille ne parlait que le fosha (arabe classique), elle lui a simplement dit qu’elle n’écoutait la télévision qu’en cette langue (dessins animés, documentaires etc…) et que de cette manière elle avait rapidement assimilé cette langue. J’en étais également surprise!

On est confronté directement aux difficultés de la langue parlée et beaucoup la parler permet de mieux communiquer avec les autres car même si le vocabulaire est limité, il est toujours possible de communiquer avec la personne en face de toi car tu as compris ce qu’elle disait. Mais dans le cas contraire, c’est plus difficile voire impossible (quoi que la langue des signes fait des miracles aussi !)

C’est pour cela que dans les prémices de nos apprentissages je n’ai pas insisté sur les méthodes des bouquins (bien que j’ai fait l’erreur au début de me munir de méthodes et autres manuels d’apprentissage) car notre capacité de compréhension est plus importante que notre capacité à parler la langue.

On peut s’en apercevoir quand on  apprend l’anglais à l’école par exemple, on nous a donné les bases de grammaire, orthographe, conjugaison, reconnaître les faux-amis mais quand il s’agit de mettre en pratique (donc parler… pour ceux qui suivent), bien que vous ayez assimilé de bonnes bases, il nous est parfois difficile de formuler de simples phrases ou de s’exprimer avec autrui et pourtant à l’écrit on est les meilleurs. Car à l’école on ne travaille pas assez cette écoute, cette conversation, cette compréhension et cette mise en pratique de la langue. On pose les bases avec des méthodes qu’on n’applique pas réellement au final.

Pour conclure, là où on peut faire la différence est dans la persévérance, la certitude du bien fondé et l’acceptation d’être nul, cette confrontation à ne pas comprendre grand chose, à échouer et se sentir ridicule. Ca reste une belle aventure car à la moindre surprise que nous offrent les enfants, nos rencontres et nos progressions en tant que parent, on se retourne, on regarde en arrière et on continue !

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